Les friandises font partie de la vie avec un chien. On en donne pour récompenser, pour créer du lien, pour rendre une visite chez le vétérinaire moins stressante, pour occuper pendant une heure calme. C’est tout à fait normal et sain — à condition de bien choisir.
Le problème, c’est que le rayon friandises de n’importe quelle animalerie est un chaos. Des centaines de produits, des promesses marketing sur tous les emballages, et très peu d’information sur ce qu’il y a vraiment dedans. J’ai pris l’habitude de décortiquer les étiquettes, et ce que j’y trouve parfois me fait lever les yeux au ciel.
Pourquoi les friandises méritent qu’on y réfléchisse
Une friandise donnée une fois de temps en temps, ça n’a pas d’impact significatif sur la santé d’un chien. Le problème survient quand les friandises représentent 20, 30 ou 40 % de l’apport calorique quotidien — ce qui arrive très facilement avec les petites races ou les chiens qui “méritent toujours une petite récompense”.
Quelques faits à garder en tête :
- La règle des 10 % : les friandises ne devraient pas représenter plus de 10 % de l’apport calorique journalier
- Un petit chien de 5 kg a un budget calorique d’environ 250 kcal par jour. Une poignée de friandises “normales” peut facilement représenter 50 à 100 kcal
- L’obésité canine touche environ 40 % des chiens adultes — les friandises en excès sont l’une des causes principales
Les bonnes friandises : ce qu’on cherche
La viande comme premier ingrédient
Une bonne friandise contient principalement de la viande ou du poisson identifié. “Poulet déshydraté”, “filet de saumon séché”, “poulet 70 %”. Pas “sous-produits animaux”, pas “protéines animales” sans précision.
Les friandises monoingrédient sont les plus simples et souvent les meilleures : du poulet séché, du canard séché, du cœur de bœuf déshydraté. Un ingrédient, c’est tout. Vous savez exactement ce que vous donnez.
Sans sucre ajouté
Regardez la liste d’ingrédients. Le sucre, le sirop de glucose, le maltose, le saccharose, la mélasse n’ont rien à faire dans les friandises pour chiens. Ces sucres ajoutés sont là pour rendre les friandises plus appétentes à bas coût, pas pour le bien de votre chien.
Sans colorants artificiels
Les colorants artificiels (E102, E110, E122 et consorts) ne servent qu’à rendre la friandise visuellement attrayante pour… le propriétaire. Le chien s’en fiche. Ces additifs sont inutiles et potentiellement irritants pour certains chiens sensibles.
La densité énergétique adaptée
Pour les friandises d’entraînement, cherchez des friandises petites et peu caloriques. En session d’éducation, un chien peut recevoir 20 à 50 récompenses en 15 minutes. Si chaque récompense fait 10 kcal, ça fait entre 200 et 500 kcal en une session — potentiellement toute sa ration journalière. Des friandises petites, à moins de 3 kcal pièce, sont bien plus adaptées.
Les friandises à éviter ou limiter
Les os cuits
C’est mon cheval de bataille en consultation : les os cuits (os de poulet bouillis, os de côtelette cuits) sont dangereux. La cuisson les rend cassants et friables. En se brisant, ils créent des esquilles pointues qui peuvent perforer l’œsophage, l’estomac ou l’intestin — une urgence chirurgicale parfois mortelle.
J’ai traité des urgences suite à des os de poulet cuits, des os de côtelette, des os de canard cuits. Ce n’est pas rare. Soyez très vigilant.
Les os crus, eux, sont différents — ils sont moins fragiles et font partie de certains régimes alimentaires comme le BARF. Mais même crus, ils comportent des risques (fractures dentaires avec les os trop durs, contamination bactérienne) et doivent être donnés avec discernement.
Les friandises ultra-transformées avec beaucoup d’ingrédients
Si la liste d’ingrédients ressemble à un cours de chimie, passez votre chemin. Les friandises qui contiennent 20, 30 ingrédients dont une majorité de farines de céréales, d’épaississants, de conservateurs et d’arômes artificiels ne méritent pas le nom de friandises — c’est de la malbouffe pour chiens.
Le chocolat, les raisins et le xylitol
J’en parle ici parce que certains propriétaires donnent intentionnellement ces “friandises humaines” à leurs chiens sans savoir que c’est toxique.
Le chocolat contient de la théobromine et de la caféine — toxiques pour les chiens, avec des symptômes qui vont des vomissements et diarrhées à des convulsions et un arrêt cardiaque selon la quantité et le type de chocolat (le chocolat noir et de pâtisserie sont bien plus dangereux que le chocolat au lait).
Le xylitol est un édulcorant présent dans beaucoup de bonbons, de chewing-gums, de certains beurres de cacahuètes “sans sucre” et de produits diététiques. Chez le chien, même une petite quantité peut provoquer une hypoglycémie sévère et une insuffisance hépatique. Vérifiez toujours la composition avant de donner un produit humain.
Les raisins et raisins secs — même une petite quantité peut provoquer une insuffisance rénale aiguë chez le chien, sans raison clairement élucidée. Ce n’est pas un risque à prendre.
Les alternatives maison
Faire ses propres friandises est simple, économique et vous savez exactement ce qu’il y a dedans.
Friandises faciles à préparer :
- Poulet ou dinde cuit à l’eau et découpé en petits morceaux : sans sel, sans épices. Se conserve 3-4 jours au réfrigérateur ou peut être congelé en petites portions
- Carottes crues : beaucoup de chiens adorent ça, très peu caloriques, légèrement abrasives (bon pour les dents en prime), riches en bêta-carotène
- Haricots verts cuits : bonnes friandises diététiques pour les chiens en surpoids
- Concombre : rafraîchissant, très peu calorique
- Pastèque sans graines : adorée par beaucoup de chiens en été
- Œuf cuit à la coque : très bonne source de protéines, à donner entier ou en morceaux
Certains fruits doivent être évités : raisins (toxique), cerises (noyau), avocat. Les agrumes sont sûrs en petite quantité mais souvent boudés par les chiens à cause de l’acidité.
Les friandises fonctionnelles : utiles ou marketing ?
Le marché a développé des friandises “fonctionnelles” : pour les articulations (avec glucosamine), pour le pelage (oméga-3), pour les dents (textures abrasives), pour l’anxiété (avec tryptophane ou mélatonine).
Certaines ont une vraie base scientifique, d’autres moins.
Les friandises dentaires (Whimzees, CET Chews, Greenies) ont des études sérieuses qui montrent une réduction du tartre — elles valent le détour si votre chien refuse le brossage. Attention aux frigues très dures (certains os en nylon très rigides) qui peuvent fracturer les dents.
Les friandises articulaires avec glucosamine et chondroïtine : l’efficacité est modeste si ce sont les seules friandises données à la marge. Pour un vrai effet sur les articulations, il faut des doses thérapeutiques de ces molécules, pas les quantités présentes dans une friandise.
Les friandises “anti-anxiété” : à prendre avec prudence. Pour un chien genuinement anxieux, les friandises ne remplacent pas un vrai travail comportemental ou une médication adaptée.
Les quantités : la règle des 10 %
Revenons-y, parce que c’est vraiment important. Calculez la ration journalière de votre chien en calories (votre vétérinaire ou le packaging des croquettes vous donnent cette information). Les friandises ne doivent pas dépasser 10 % de ce total.
Si vous avez une session d’entraînement intensive un jour, réduisez la ration de croquettes ce jour-là. C’est simple et ça préserve l’équilibre nutritionnel.
Les friandises sont un outil formidable pour le lien et l’éducation. Elles ne deviennent un problème que dans l’excès ou la mauvaise qualité. Lisez les étiquettes, favorisez le simple et le naturel, et vous serez dans le bon.

